09/03/2012
Le Panthéon des Maudits : un polar, une prise de conscience sur le handicap
Sorti en ce début d'année, Le Panthéon des Maudits (éditions Jets d'Encre / www.jetsdencre.fr) est le premier roman de Charly Abergel. Paraplégique de 48 ans, il fut président d'associations en faveur des personnes handicapées, chef d'entreprise et rédacteur en chef du magazine Handy Fun.Les deux personnages principaux, Charles et Jeff, ou plutôt Mutant et Pingouin, handicapés physiques se rencontrent dans un atelier protégé. Ils se retrouvent malgré eux entraînés dans une enquête sur la disparition de deux jeunes filles d'un centre de rééducation.
Par une galerie de portraits, ce polar au final barbare et sanguinolent, permet en parallèle de suivre les émotions, le quotidien psychologique, médical ou sexuel de personnes qui basculent dans une autre vie : celle avec un handicap.
Trois questions à Charly Abergel qui mène habilement l'intrigue dans un style vif et soigné qui nous rappelle avec délice par quelques titres, répliques ou qualificatifs celui d'Audiard.
Le Panthéon des Maudits a-t-il un caractère autobiographique ?
Le but du jeu était justement d'éviter le livre autobiographique, sans intérêt majeur pour le lecteur. J'ai choisi le roman pour pouvoir raconter des parcours, en espérant être au plus près des réalités. Mon objectif est d'amener ceux qui ne sont pas concernés de près ou de loin par le handicap à connaître cette réalité.
Dans tous les cas, c'est une fiction ! Il y a beaucoup de choses qui peuvent être vraies, mais qui ne le sont pas... et vice versa.
Vous accordez une place importante au sexe dans votre roman...
C'est volontaire ! J'aborde le tabou de la sexualité chez les personnes handicapées parce que la société nous traite comme des asexués, ne nous permet pas de nous épanouir normalement.
Je voulais casser les tabous et donner une image du sexe comme on peut le retrouver dans la vie de n'importe qui ; entre l'homosexualité, la sexualité qui ne s'est pas développée pour certaines personnes handicapées ou la sexualité nécessairement débridée pour d'autres. Chez les accidentés, il y a une vraie recherche de ce qui a existé et donc de ce qui a été. Chez les gens comme moi, qui sont nés avec un handicap, il y a un besoin de se rassurer sur le plan de la séduction et qui passe par la sexualité.
J'aborde beaucoup de choses. Je parle aussi du tabou d'être mère pour une femme handicapée. C'est une fiction qui met l'accent sur les combats à mener. Il y a des améliorations, mais cela avance trop lentement à mon goût !
Pourquoi cet avis personnel en postface ?
Ce texte final, le Masque du Mensonge, écrit en 2002, est une réflexion philosophique sur les implications et les conséquences du handicap. Ma conclusion indique une voie dans laquelle on peut s'inscrire. Le handicap pousse souvent à s'affubler d'un masque d'intégration. C'est ce masque qu'il faut savoir enlever avant qu'il se brise.
Ce qui m'importe vraiment c'est que ce livre permette au lecteur de passer un bon moment, tout en ayant une prise de conscience. Après, s'il peut être la source d'un débat, tant mieux ! C'est en se posant des questions et en discutant qu'on peut faire avancer la vie de chacun.
Ce roman permet aussi à des personnes qui sont touchées par le handicap de pouvoir se transposer avec facilité, plus que quand on lit un roman classique.
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